Lamentable!

C'est mieux, mais...
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(Le site de Yag)
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FausseDERNIEREDERNIEREDERNIERE….(Presque!)
Alain Aupchion, a été retrouvé mort ce matin, enseveli sous les décombres de sa villa Château "Jolistoc", proche de Chantilly. Les termites seraient la cause de l'effondrement du plafond de la chambre principale de l'habitation. Alain Aupchion a été retrouvé étouffé sous 14 sacs emplis de stock-options.
La famille éprouvée connaissait la présence de ce patrimoine, mais ignorait que la tonne et demie de compensations financières accordées par la Banque des Subprimes était stockée au-dessus de la chambre.
La famille envisage de porter plainte contre le livreur de pizzas, africain sans papiers, accusé d'avoir importé accidentellement des termites particulièrement voraces.
La banque se dit scandalisé par le comportement du livreur et demande sa reconduction à la frontière.
Le syndicat des livreurs, pour sa part, dénonce le mépris familial et le racisme abject de l'établissement bancaire.
Les termites n'ont pu être interrogées mais le porte-parole du gouvernement a déclaré que toute la lumière sera faite sur cette affaire.
Une loi anti-termites devrait être votée avant le mois de Décembre.
Concernant les stock-options, la banque demande instamment à tous ses dirigeants de faire contrôler les charpentes de leur habitation et de sauvegarder leur patrimoine au sous-sol.
Dès la nouvelle connue, des syndicalistes ont défilé ce matin à Chantilly et ont distribué les stock-options aux sans-papiers du département en chantant "C'est la lutte termitale".
Affaire à suivre... Yag.
Que le spectacle continue....
J'en suis encore ému. Je ne sais pas comment vous raconter ça.
Je vais le faire sans fioriture, comme nous l'avons tous ressenti. Notre ami Alain, après une longue, cruelle maladie est parti, sans plainte, avec dignité et cet œil toujours amusé, spectateur de la vie.
Sa passion d'enfant était le cirque. Pendant quarante années, il a côtoyé tous les cirques, troupes, collectionné les objets, les affiches, les cartes postales, les livres, les animaux sculptés, fait des recherches sur les événements circophiles de France et d'Europe. Il connaissait tout sur la transformation des compagnies, le nom des dresseurs, des jongleurs, des clowns. Les histoires d'animaux échappés, les rapports de police, les compte-rendu de la SNCF. Une véritable encyclopédie du cirque, sollicité de l'Europe entière. Au fil des ans, l'espace de stockage nécessaire est devenu l'équivalent d'un petit gymnase. Il était friand des manifestations sur le cirque et a participé, bien sûr, à une de mes aventures sur ce sujet : "Dessine-moi un chapiteau" à Roanne, en 2007. Il connaissait Pierre Etaix et Bruno Arlès le jongleur, l'homme du cirque, nés tous deux dans la région. En un mot, sa vie était le cirque.
Il est décédé le 16 juin 2011. A la sortie de la cérémonie d'adieu, nous eûmes tous la chair de poule. Sur la rocade, devant le funérarium, en une longue procession, les véhicules du cirque Zavatta passaient lentement. Des camions cages, nous parvenaient quelques cris d'animaux. Coïncidence !
Il m'a semblé revoir son visage de Jean Ferrat éclairé d'un rire juvénile. Sa mort était aussi le cirque.
« Je veux qu’à la prochaine réunion des Historiens, à la fin de celle-ci, tu indiques que je ne viendrais plus, motif : j’ai changé de planète »
Alain dans un dernier courrier postal adressé par l’intermédiaire de sa fille Laure.
Georges
« Le tabac tue, me disait Georges, c’est pour ça que j’ai arrêté ». Nous étions assis à l’avant de sa vieille Renault 6, au mois de mars sur la D54, entourés de champs tristes et désertiques qui bordent la route. J’allais rejoindre mon ex et je lui avais demandé de m’y conduire. J’étais encore sous le coup d’une suspension de permis de conduire et Georges, au chômage, m’avait proposé de m’emmener.
« Tu paies l’essence et en plus elle consomme rien ma bagnole, enfin en essence, parce que l’huile c’est une autre paire de manches ! «
C’est un marrant mon pote, on se connait depuis le CM2, alors on sait tout l’un de l’autre, notre vie familiale, les premiers amours, les conneries, le boulot, enfin, celui qu’on avait. J’ai été viré comme entraineur de l’équipe de France du jeu de billes. Notre équipe n’a pu se qualifier au premier tour des sélections. Eliminée pour cause de dopage, tu parles, comme si le Jaja était cancérigène ou anabolisant. J’avais arrosé le départ de mon ex, enfin, avant qu’elle soit mon ex et on avait forcé un peu sur le beaujolais et le calva. Le voisin de chambre de l’hôtel avait appelé les flics à 3 heures du matin. Une bagarre a éclaté avec les forces de l’ordre qui nous ont mis en cellule pour nous protéger, soi-disant du voisin de chambre, irascible et alcoolo repenti.
Georges a fait tous les métiers, réparateur de poupées en porcelaine, allumeur de réverbères, épépineur de framboises, ouais ça existe, éleveur de lamas, sourcier dans le Larzac. La conjoncture économique l’a rattrapé avec ses boulots improbables du siècle dernier. Il vient d’être viré de son boulot de chaisier au jardin du Luxembourg. Il laissait les SDF dormir sur les chaises rapprochées confortablement. Le directeur fonctionnaire des chaisiers de France, par lettre recommandée, lui a fait part de son licenciement pour faute grave, en soulignant que les sièges de la république n’étaient que provisoires et qu’un cumul des dits sièges était dorénavant répréhensible, au titre de l’article 74 de la loi du 5 avril 2008.
Après deux heures de route, Georges a voulu s’arrêter pour se soulager. Il s’est garé à droite et est parti « faire pleurer Titine, cause prostate » qu’il a dit, dans le chemin bordé de haies de l’autre côté de la route, peinard. En l’attendant je suis sorti en griller une pour pas l’emmerder dans sa tire.
J’avais presque fini ma clope quand j’ai vu Georges revenir sur la route. Un bahut venait dans l’autre sens et j’ai fait signe à Georges de venir plus vite. Ce con a trainaillé un peu pour déconner et puis pour se racheter, a traversé en courant. Le chauffeur l’a vu surgir et a paniqué. Il a braqué en direction du fossé opposé, freinant à mort et klaxonnant à 150 décibels.
Le cauchemar a commencé. Le bahut a écrabouillé la R6, versé dans le fossé, les colis ont giclé et des caisses se sont envolées dans les airs. Georges, qui m’avait presque rejoint, a reçu une pluie de colis sur la tête et a disparu dans le fossé. Le tout en quelques secondes d’enfer .Quand j’ai repris mes esprits, j’ai couru vers le fossé ou reposait Georges. Il était enseveli sous les caisses éventrées. J’ai commencé de le dégager en hurlant. Sur les caisses et les paquets, sa mort était annoncée en caractères noirs imprimés sur fond blanc : « Le Tabac tue ». Un camion de la S.E.I.T.A m’a fait perdre mon copain d’enfance.
La chemise à manches longues me démange. Mes mains serrées dans le dos m’empêchent de me gratter. Les deux messieurs en blanc qui m’accompagnent et poussent mon fauteuil dans les allées ne répondent jamais à ma question « Jojo a t-y eu une prémonition ou non !». Les deux messieurs hochent la tête. « C’est oui ou non ? », je dis encore.
Yag
La reconstitution.
Historique.
Dans une affaire complexe, un inculpé (Le sieur Albert Tombac) aurait, selon la gendarmerie, parcouru les 49 kilomètres séparant les points A et B en 18 minutes 20 secondes, à une vitesse moyenne de 160 kilomètres/heure, sur de petites routes départementales en traversant 2 villes, 3 villages, 2 hameaux, un passage à niveau, 2 ponts étroits, 4 feux tricolores dont un de chantier, une déviation en terre, 5 ralentisseurs. Ce déplacement aurait été effectué le matin du 19 mai 2007, entre 1 heure 11 et 1 heure 29 minutes 20 secondes, par temps de pluie (crachin, selon la gendarmerie).
Les premiers constats.
Son véhicule est de marque Peugeot 205, 20 ans d’âge, 260000 kms parcourus, pneus dépareillés, et n’a pas de certificat de contrôle technique depuis 10 ans. Un tampon de tissu bouche le réservoir, depuis la perte du bouchon, plusieurs années auparavant (sic, le propriétaire du véhicule). Un seul phare avant est en état de fonctionnement, les essuie-glaces sont inopérants.
L’avocat de l’inculpé réfute la faisabilité technique de ce déplacement et demande une reconstitution.
Les préparatifs de la reconstitution.
Le juge a fait appel à un pilote sportif, Bastien Joeb, qui bien que doutant de la performance est prêt à essayer ce « circuit », mais ne voulant pas prendre le risque de mettre des vies en danger, utilisera son véhicule habituel, une 205 également, mais rallye, réglée en usine.
Par ailleurs, dans le but de sécuriser d’une part les habitants, d’autre part les voyageurs éventuels, tout le parcours sera interdit à la circulation, dans les deux sens. Des bottes de paille seront placées aux points chauds. Un éclairage d’appoint sera placé aux points critiques, la chaussée nettoyée deux heures avant le départ de la reconstitution. Ceci afin de préserver l’état du réseau routier. La ligne de chemin de fer, quant à elle, sera fermée temporairement afin de protéger les installations, le personnel naviguant et les passagers.
La compagnie républicaine disposera des contrôleurs tous les cent mètres, le long du parcours, soit 49000/100 = 490 CRS sans compter les intervalles. Prévoir également les cas de RTT, les temps de récupération, les dépassements congés et maladie. Deux hélicoptères se relaieront sur le parcours et filmeront le déplacement en infrarouge, pour apporter la preuve par devant le tribunal, de la faisabilité du déplacement.
La reconstitution.
Ce jour, 22 juin 2010, par devant nous, maîtres Pierre et Miquelon, huissiers de justice, a eu lieu la reconstitution du parcours de A à B par la gendarmerie de xxxx, prévue au titre de la loi (Feuillet 1245A, modifié en 2007), article 712.
En l’absence de travaux, terminés depuis juillet 2007, des panneaux signalétiques « Attention Travaux » ont été posés sur 3 kms du parcours, à l’endroit précis des dits travaux en mai 2007. Les ponts hors normes, les feux tricolores, les ralentisseurs, disparus lors d’icelle, ont de la même manière été remplacées par des panneaux judicieusement placés. En l’absence de crachin, des vaporisateurs « Sipray » ont été remis à un CRS sur 3 tout au long du parcours dans le but de reproduire les conditions climatiques au plus près.
Monsieur Joeb assisté par son copilote navigateur, a pris le départ à 1 heure 11 depuis le point A, en direction de B. De A jusqu’au point 32 (32km), le retard présumé de monsieur Joeb n’était que de 1 minute 30 secondes, malgré un vent favorable de 2m/s.
C’est à l’intersection de la D861 et du CD 143, en direction de B, que s’est produit l’incident. Le char fleuri de la philharmonie de Saint Pierre, de retour de sa participation à la fête de la musique de Saint Rataplou, déboucha en fanfare, sans tambour ni trompette (si j’ose me permettre !), du CD ci-dessus. Monsieur Joeb sortait d’un virage à la vitesse de 175 km/h (mesurée par un radar placé là pour la reconstitution), et avec un sang froid exceptionnel, devant la route barrée par le char et les 37 occupants ébahis, a braqué à gauche, effleurant (c’est le mot juste) le char au passage et franchissant le talus, qui a fait office de tremplin. (Les images prises par hélicoptère permettent de décomposer l’action au ralenti. Nos remerciements à Monsieur le juge XXXX, de sa prévoyance). A une hauteur estimée de 23 mètres (record du monde, non homologué), Monsieur Joeb a survolé l’étang du Taplou, la ravine de Rata, le centre aéré de Rataplou, la stabulation de Monsieur XXXX , agriculteur, la clôture électrifiée d’icelle avant d’atterrir sur la ligne droite de la D861 en direction de B. La vitesse à l’atterrissage n’étant plus que de 120 km/h, et après les calculs mathématiques de l’institut polytechnique de XXX, une déduction de temps de 2 minutes a été décidée. Elle inclût la diminution forcée de vitesse, le « pretium doloris » infligé au pilote, la bonification au premier, d’après les recommandations de la FIFA.
Monsieur Joeb a terminé l’épreuve, (pardon, la reconstitution) en 18 minutes 32 secondes sous les applaudissements du public, des 490 CRS, des 32 musiciens, des élus (la gauche s’est abstenue), de l’entreprise XXXX, responsable des travaux, du propriétaire de la stabulation libre, de l’éleveur, etc.
Il a déclaré avec une sincérité qui l’honore « Que cette épreuve était la plus difficile de sa carrière, qu’il n’était qu’à 12 secondes du record et qu’il félicitait Albert Tombac pour sa première place. Je souhaite retrouver sur un autre circuit ce champion de légende », a-t-il ajouté, se passant autour du cou les 2 couronnes de fleurs des champs arrachées du char fleuri.
Le procès.
L’accusation affirme qu’elle a fait la preuve de la faisabilité du parcours, donc de la participation de l’inculpé aux faits reprochés de terrorisme (le secret est maintenu quant à ces faits), et en conséquence le tribunal inflige au sieur Albert TOMBAC une peine incompressible de 10 ans de travaux forcés. Dans sa grande mansuétude, la cour renonce aux peines prévues par la loi concernant la vitesse excessive, le mauvais état du véhicule. La justice, une fois encore, a eu raison. « Ce n’est que justice » a ajouté le procureur, véritable courroie de transmission de cette Justice dont nous pouvons être fiers...
Yag, le 23 octobre 2010.
Notes de lecture :
Technicien de lecture: Daniel PAIRE dit Pépé
Note de lecture n° MRGNN-1515
Date: 23 oct 2010
Titre : La reconstitution
Genre: nouvelle débridée
Sujet: reconstitution de délit
Lieu: routes de campagne
Personnages:
Impressions de lecture: texte qui fait penser plus à une note technique et à un procès verbal de gendarme qu'à une nouvelle littéraire.
Accumulation loufoque de termes juridiques et de descriptions cocasses tendant à donner une image très critique de la justice hexagonale et d'un régime habile à manier l'arbitraire pour combattre une vague de terrorisme imaginaire. Le style alerte et une description quasi méticuleuse des faits amènent sur le visage du lecteur un petit rictus vite estompé par le sort dramatique réservé à l'accusé.
Témoignages, suite…
1 - J'aime bien l'histoire de ce pauvre Tombac et je dois ajouter que j'ai bien connu les huissiers Pierre et Miquelon. "Iles" étaient venus saisir une vielle "morue" que je croisais souvent vers l'hôtel du Tagazzou où elle œuvrait...